Awa Ly française, sénégalaise de sang et italienne de coeur


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crédit photo : Bernard Benant

 

Je rentre dans ce lieu atypique où Awa Ly m’a donné rendez-vous. Un endroit cosy comme elle les aime.

Bonjour Awa Ly et merci de me recevoir

Bonjour Mamusicale

Ton album va sortir courant mars, peux-tu nous expliquer le choix du titre « five and a feather » ?

Il y a beaucoup d’interprétations possibles. Pour moi c’est très précis, mais ce qui me rend curieuse c’est de savoir l’interprétation que chacun peut lui donner, ce que ça inspire et ce que ça évoque chez chacun de nous. Le numéro 5 représente beaucoup de choses et beaucoup de choses se démontrent par 5 comme les 5 sens, les 5 doigts de la main, les dimensions, les océans, les continents, etc… et la plume est l’élément mystique, magique, un élément de légèreté mais aussi de force qui est très utilisée d’ailleurs dans beaucoup de coutumes aussi bien en Afrique, qu’en Amérique du Sud ou en Amérique tout court. Il y a un esprit très chamanique dans le rythme. C’est cette image de la plume qui me venait pendant que je composais et que j’écrivais, et qui relie tous ces éléments.

awalycover_fiveandafeatherTu as collaboré avec beaucoup d’artistes sur cet album, quel est celui qui t’a laissé un souvenir particulier ?

Ils m’ont tous touchée. Ce sont des artistes que je connaissais, mais avec qui je n’avais pas forcément travaillé. J’avais déjà travaillé avec Greg Cohen, sur un album qui s’appelle « Modulated » qui est sorti en Italie, c’est lui aussi qui a produit mon EP qui est sorti en 2014. Je connaissais très bien Faada Freddy mais on n’avait jamais travaillé ensemble. Il y avait beaucoup d’émotion car la chanson qu’il chante avec moi « here » parle de l’immigration et l’émigration, du voyage forcé ou voulu. Il y a aussi Ballaké Sissoko que j’admire énormément. C’est un musicien qui a une sensibilité et qui joue de son instrument de façon magique, la kora. Il y a aussi Paco Seri qui est arrivé sur l’album complétement par hasard, car il jouait dans une salle à côté, je lui ai proposé de venir écouter et il a joué de la senza et c’était un moment magique. Je suis très honorée et chanceuse de ces différentes collaborations.

Tu as également joué dans des films, tu sens-tu plus actrice ou chanteuse ?

Chanteuse à 100%. Les expériences d’actrices sont venues complètement par hasard. C’est une amie qui m’a poussée à faire un casting car elle était persuadée que le rôle était fait pour moi, c’était le film de Cristina Comencini, « Bianco et Nero ». J’ai travaillé essentiellement en Italie où je vis à Rome depuis 16 ans maintenant. De fil en anguille d’autres réalisateurs m’ont appelée pour travailler avec eux et toujours en Italie, mais ma priorité reste la musique.

Quelle est la chose que tu préfères en tant que chanteuse et celle que tu préfères en tant qu’actrice ?

Ce que je préfère dans la musique c’est la phase de création. J’aime beaucoup ce sentiment de créativité et ensuite vient le plaisir de travailler avec d’autres musiciens et de donner forme à une chanson qui nous appartient jusqu’à un certain moment puis elle est donnée, et tout un chacun en fait la sienne. Mais mon moment préféré entre tous c’est lorsque je suis sur scène.
Dans le cinéma, j’aime le fait de pouvoir être quelqu’un d’autre et de vivre à travers quelqu’un d’autre. C’est un challenge que j’aime beaucoup.

Entre la musique et les films, ça donne un peu le tournis, est-ce que c’est parce que tu n’aimes pas rester sans rien faire ?

C’est vrai que j’aime être active car je m’ennuie très vite, mais il m’arrive aussi d’aimer rester seule et parfois de ne pas écouter de musique du tout pour me ressourcer. Mais c’est vrai que j’ai une vie assez frénétique, dans le bon sens du terme.

Si on te propose de faire une musique de film, dirais-tu oui ?

C’est un exercice très spécifique. Il faudrait que l’histoire m’inspire ; par contre, certaines de mes chansons ont été utilisées dans des films et dans des séries en Italie essentiellement. Si l’occasion se présente bien sûr j’accepterai avec honneur.

Tu es plutôt cigale ou fourmi ?

Je pense être un bon équilibre entre les deux. J’essaie d’être fourmi mais mon côté cigale est très fort aussi. Je ne suis pas dans un extrême ou dans l’autre. En général je n’aime pas les extrêmes. Et en plus étant du signe du capricorne, j’ai les pieds bien sur terre.

Quel autre art t’attire ?

J’aimerais tellement savoir dessiner. Tout ce que je dessine est très abstrait mais j’adorerais avoir une technique. Je reste toujours émerveillée devant les mesures, les perspectives, les ombres. D’ailleurs la pochette de l’album est une illustration qui a été faite par une jeune illustratrice française qui vit à Tokyo. On s’est rencontrées à Paris, je lui ai parlé de l’idée que j’avais de l’illustration que je voulais, et la première proposition qu’elle m’a faite a été la bonne.

Awa-Ly_Bernard-Benant-003Serais-tu plutôt natation, athlétisme ou football ?

J’aime beaucoup nager mais plus à la mer qu’en piscine, et vivant en Italie et allant très souvent en Sicile ou au Sénégal, j’ai beaucoup de chance pour ça. J’aimais beaucoup courir quand j’étais jeune, j’étais très rapide. Et j’aime aussi beaucoup le football, et suis très impressionnée par  la technique des footballeurs. Sinon je marche énormément.

Quel est ton dernier coup de cœur musical ?

J’en ai beaucoup. J’ai beaucoup aimé le dernier album de Hindi Zahra. En France j’aime beaucoup Oxmo Puccino. Il y a beaucoup d’artistes italiens comme Francesco Forni et Llara Graziano. J’ai beaucoup aimé aussi le dernier album de Vincent Segal et Ballaké Sissiko. Ils sont très éclectiques avec des styles complètements différents. J’écoute beaucoup de choses différentes et comme je n’ai pas de télévision, j’écoute beaucoup de musique.

On te retrouvera le 31 mars au Café de la Danse, peux-tu nous parler de cette soirée ?

Je présenterai les titres de l’album mais il y aura également d’anciens titres, et des surprises. J’ai hâte d’y être car j’ai vu de nombreux artistes que j’aime jouer dans cette salle ; ça reste une salle un peu cocon et j’aime beaucoup les cocons. C’est une salle qui reste à dimension humaine, et voir les gens presque dans les yeux c’est magique. Je ferai tout pour que cette soirée soit pleine d’émotions.

En général à la sortie d’un album es-tu plutôt angoissée ou excitée ?

C’est un mélange des deux. Excitée, car j’ai très envie que ces chansons vivent à travers les personnes, et un peu angoissée aussi, comme beaucoup d’artistes, parce qu’on veut que les chansons plaisent. Je trouve que cette relation avec le public est un petit miracle à chaque fois. Je ne prends rien pour acquis et je me sens très chanceuse d’avoir l’opportunité d’être écoutée et de pouvoir partager mes chansons.

En quoi cet album est différent des autres ?

A mon nom il y a eu un album qui s’appelle « Modulated » qui est sorti en Italie mais de façon plus underground. J’ai ensuite fait 2 EP, un qui est sorti en Italie et celui qui est sorti en 2014 produit par Greg Cohen, et puis j’ai fait 2 albums de reprise de chansons françaises mais pas à mon nom, c’était pour le Japon. Je considère ce nouvel album comme un nouveau départ ou comme un début parce qu’il a été produit en France et que la distribution se fera en France dans un premier temps. Et je sais que le public français ne me connait pas forcément. Musicalement parlant, c’est une continuation dans la recherche de ne pas appartenir à un style particulier. C’est naturel pour moi de mélanger différents styles que ce soit la pop, la folk, le jazz et d’en faire un style dont il faudra qu’on trouve un nom.

Quelle couleur représente le mieux cet album pour toi ?

C’est un album qui mélange les sentiments, mais le thème principal reste l’amour que je considère être la base de toute la vie ; mais vu de façon mélancolique, de façon colérique, de façon joyeuse, c’est une multitude de couleurs, c’est un peu un arc en ciel. Cet album a plusieurs humeurs et on voyage avec ces chansons.

Où te trouvais-tu lors des attentats du 13 novembre et quel a été ton ressenti ?

J’étais sur scène à Colombes. J’ai appris les évènements en sortant de scène et une fois dans ma loge j’ai allumé mon téléphone et j’ai reçu plein de messages mais de l’Italie surtout car les gens s’inquiétaient de savoir où j’étais, et si j’étais sur Paris. J’ai été très choquée, très émue et en même temps très en colère, et avec ce sentiment d’impuissance.

On a appris récemment la mort de Michel Delpech et celle de David Bowie, que représentaient ces deux artistes pour toi ?

Je suis née et j’ai grandi en France même si ça fait 16 ans que je vis en Italie, mais je me souviens très bien étant petite avoir entendu des chansons de Michel Delpech. C’est un artiste qui fait partie de la culture française. Il va laisser un grand vide. Et concernant David Bowie, c’est tout frais car on vient de l’apprendre aujourd’hui, c’est comme si ce n’était pas vrai ou du moins on voudrait que ce ne soit pas vrai. Là aussi c’est un des personnages mythiques qui pour moi a inventé le glamour rock, qui a su se renouveler tout le temps et jusqu’au bout, et en même temps très mystérieux, très discret mais à chaque fois qu’il est sorti par contre c’était pour ne pas passer inaperçu. Pour moi c’était un génie. C’est triste mais pour moi une étoile est allée rejoindre les étoiles.

Cela fait 16 ans que tu vis en Italie, qu’est ce qui te plait là-bas ?

Je devais y rester 6 mois au départ. Je suis tombée totalement amoureuse de Rome, du temps, de son ambiance, en plus on mange bien. Mais je ne compare pas avec Paris car j’aime beaucoup Paris aussi. Mais depuis que je suis là-bas, chaque fois que je reviens à Rome, c’est chez moi, c’est là qu’est ma place, je ne sais pas comment l’expliquer. Je dirais que cette ville t’aspire et t’ensorcèle. J’ai beaucoup d’attache aussi à Paris, j’ai ma famille, mes amis et j’aime beaucoup la vie culturelle parisienne qui est plus vaste qu’à Rome. On parle de Paris et de Rome mais j’ai un amour très fort aussi pour Dakar. Ce sont les 3 villes qui me représentent bien.

 

Merci beaucoup Awa Ly et on te retrouve le 31 mars au Café de la Danse

Merci à mamusicale et aux lecteurs et je vous invite à venir m’écouter en live. Je ne dis pas ça que pour moi mais le live est l’une des dimensions principales de la musique, les émotions qui passent à ce moment-là sont essentielles.

 

interview réalisée par Isabelle Grand-Dufay

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Une réflexion au sujet de « Awa Ly française, sénégalaise de sang et italienne de coeur »

  1. vu en concert à Colombes devant une trentaine de pékins fin 2015, très bonne ambiance et musique, vivement la sortie prochaine de son disque en espérant qu’elle aille loin…

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