Laurent Lamarca entre mélangélie et Borderlune


LVDC5Mamusicale a eu le privilège de rencontrer Laurent Lamarca. Une interview intimiste qui dévoile la sensibilité de ce bel artiste.

Bonjour Laurent,

Bonjour

Peux-tu nous parler de ton parcours musical ?

Il est un peu complexe car j’ai fait plein de styles musicaux différents dans ma vie. J’ai fait du punk, un peu d’électro, un peu de trip hop, mais ça fait plusieurs années que je tourne autour de la folk, c’est le nerf de la guerre pour moi. J’aime bien croiser les chemins, je suis assez curieux. Mon 1er album était plus électro, celui-ci est purement folk mais avec des consonances plus modernes. J’aime beaucoup la folk car ça me permet d’explorer pas mal de choses musicales, toute la musique anglo-saxonne en fait et américaine folk. Et pour les textes je ne chante qu’en français car je ne suis pas très bon en anglais et j’adore l’héritage de la musique anglo-saxonne, pour m’en influencer et mettre des mots français dessus. Pour moi la musique c’est surtout le partage, je l’écris pour ça, pouvoir jouer avec d’autres et pour qu’elle soit ressentie par d’autres.

Tu as fait partie de plusieurs groupes, pourquoi avoir décidé de te lancer dans un projet solo ?

En fait, il y a sept ans, je suis monté sur Paris avec l’envie de ne plus chanter mes chansons mais plutôt l’envie de bosser pour les autres en tant que musicien et en tant qu’auteur-compositeur. Mon dernier groupe était un groupe de punk, ça a été un peu dur humainement sur la fin, un peu tendu et je n’étais pas très bien à l’idée de chanter mes chansons, du coup je m’étais dit humblement je vais bosser pour d’autres, ça me plait. Et travaillant pour les autres il fallait chanter mes chansons pour les faire écouter. Les deux premières années, aucune de mes chansons n’ont été chantées par d’autres, mais en parallèle beaucoup de gens me disaient que j’avais une voix intéressante et Fabrice, mon manager aujourd’hui, m’a dit qu’il me suivrait si je montais un projet solo, et du coup je me suis lancé. Tout a été très vite au début ; j’ai trouvé un tourneur. Je continue à travailler pour d’autres, j’ai fait une chanson pour les Fréro Delavega, j’écris pour Rose, pour Luce.

Ton 2ème album sort en avril, avec qui as-tu collaboré ?

C’est amusant parce que c’est un album qui parle beaucoup du partage et d’aller vers l’autre mais je l’ai commencé tout seul avec un peu d’aide de Hélène Pince avec qui je coécris mes chansons. Je suis donc parti seul 2 semaines dans une maison de campagne, éloignée de tout, perdue au milieu de la nature, dans la solitude la plus extrême. J’ai ensuite collaboré avec un pianiste car j’avais écrit un morceau pour piano et je ne joue pas très bien du piano. J’ai aussi travaillé avec des cuivres, et des choristes qui sont des amis. Je l’ai ensuite enregistré et réalisé avec Antoine Gaillet. J’aime beaucoup son travail car il fait tous les styles, il adore mélanger. Il a travaillé pour BB Brunes, Julien Doré, M83. Il a cette ouverture et en même temps ce son moderne que j’aime beaucoup.

Peux-tu nous parler de ce projet fou qui est de travailler avec d’autres musiciens, avec le public ? Comment l’idée t’est venue ?

C’est un projet parallèle mais qui est lié à cet album car c’est un projet qui est né de 2 choses, d’une chanson qui est dans l’album et qui s’appelle « mélangélie » (c’est un mot inventé), c’est un mot qui reprend le concept de la mélancolie mais en positif, et avec le sens de mélange. C’est une chanson qui dit que pour être heureux et vivre bien, il faut se mélanger et gommer l’ignorance, comprendre comment les autres vivent, et être tolérants. De cette chanson est née l’envie de faire des tournées autrement qu’avec ses chansons, on a donc monté un projet avec tous mes partenaires, éditeur, manager, label et tourneur. L’idée est d’aller dans une salle de type SMAC, ce sont des gros lieux qui ont aussi bien une salle de concert, une salle de répétition, un studio d’enregistrement, etc… L’idée est de faire une chanson avec un artiste affilié à cette salle et de la mettre en musique avec un atelier de pratique amateur, car dans ces salles il y a souvent des chorales, des conservatoires, ou des lycéens qui viennent faire des choses. On fait une chanson sans complexe, on expérimente. J’ai fait une chanson avec un groupe de garage et un groupe gospel. Je reviens d’Auxerre où j’ai fait une chanson avec un groupe de post-rock et une classe de chorale de lycéennes. Il va y avoir une chanson avec un artiste et un groupe de prisonniers. Ça va s’étaler dans le temps pour arriver à une douzaine de titres ; et les compiler peut-être au sein d’un album, on ne sait pas encore. L’idée première est qu’il y ait de la diversité, des rencontres, du mélange et ça m’enrichit énormément.

2016-01-Laurent-Lamarca-004En quoi ce 2ème album est-il différent du 1er ?

Il est complètement différent. Le 1er album était une compilation des morceaux que j’avais écrits pendant 4 ans. Pour celui-ci j’ai pris le temps d’y réfléchir, de poser un concept autour de cet album et surtout qu’est-ce que je voulais raconter. C’est un album qui se décline autour de 4 saisons émotionnelles avec 3 chansons par saison, qui commence en été avec quelque chose de positif mais un peu adolescent. Ensuite il y a 3 morceaux automnaux avec un peu plus d’aigreur, quelque chose sur le déclin. Ensuite vient l’hiver, qui est un peu plus introspectif et on finit avec le printemps où là c’est retour au positif mais avec un peu plus de sagesse et de profondeur. C’est un album qui me représente bien et qui représente bien la façon dont je vois la vie. Musicalement parlant aussi, je me suis décomplexé par rapport au 1er.

Quels sont les messages que tu souhaites faire passer par cet album ?

C’est surtout la pensée positive et aussi tout ce que mes parents m’ont appris. Mes parents sont des hippies et ils m’ont appris la tolérance, voir les choses belles même si la vie est dure. Se poser la question de qui on est et ce qu’on fait vivre aux gens, la raison pour laquelle on est sur terre. Il y a cette chanson qui s’appelle « Borderlune » qui dit simplement qu’on est beau quand on aime les choses. La chanson « le vol des cygnes » est une volonté d’aller vers l’autre et vers le positif. La chanson « home sweet home » qui reprend un peu à l’inverse la citation « l’homme est un loup pour l’homme » qui dit justement que l’homme n’est pas du tout un loup pour l’homme. Je pense qu’en chacun de nous il y a quelque chose de beau.

L’inspiration est-elle différente maintenant que tu es papa ?

Oui c’est complétement lié. Mon enfant est né en juillet. Mon 1er album sort en octobre et je repars sur la composition du 2ème album avec cet héritage d’avoir un enfant qui remet les pendules à zéro sur ce qu’est la vie. Je ne parle pas du tout de mon enfant dans cet album, mais il est complètement emprunté de ça.

Tu as fait les Francos, quel autre festival souhaiterais-tu faire ?

J’aime énormément l’ambiance des Francos, car c’est tout ce qu’il y a aussi autour qui me plait énormément, comme le chantier des profs. Je fais des ateliers d’écriture de chansons avec des collégiens et des lycéens. Il y a toute une équipe et des sous-projets aux Francos, et ça me plait beaucoup. C’est un de mes festivals préférés parce que peut-être je m’en sens plus proche musicalement parlant. Sinon si il fallait en choisir un je dirais le festival de Bourges.

Tu as fait plusieurs premières parties d’artistes, le public était-il différent à chaque fois ?

Chaque artiste a son public et c’est vraiment marqué. J’aime beaucoup les 1ères parties et j’ai la chance d’avoir fait les 1ères parties d’artistes très différents comme Tryo, la Grande Sophie, Renan Luce, Mickael Miro, ou Francis Cabrel. Et ça se passe plutôt bien à chaque fois.

As-tu déjà pensé à la manière dont tes chansons allaient vieillir ?

Très bonne question. En fait pas trop. Mais une fois qu’une chanson est enregistrée, on peut effectivement se poser la question. J’ai une chanson qui s’appelle « taxi », les taxis existeront-ils encore dans plusieurs années (rire) ? Dans 20 ans ce sera peut-être comme si j’avais chanté « charrette emmenez-moi ». Moi ce que j’aime dans la musique c’est l’immédiateté.

On a appris dernièrement la mort de Michel Delpech et David Bowie, de quel artiste te sentais-tu le plus proche ?

Bowie sans hésiter. En fait je n’ai jamais écouté Michel Delpech. J’écoute beaucoup de musique anglaise comme les Rolling Stones, ou des groupes plus récents comme The Lumineers. Effectivement je connais beaucoup mieux la discographie de Bowie que celle de Michel Delpech. Il y a une sorte de mystification autour des artistes anglo-saxons, je ne sais pas trop quoi en penser d’ailleurs.

Quelle est ta chanson préférée tout répertoire confondu ?

C’est très difficile de n’en choisir qu’une. J’adore la chanson « Glory Box » de Portishead. En fait j’écoute beaucoup de chansons tristes finalement et celle-ci de Portishead est magnifique, ce qui m’a amené à découvrir tout ce qu’ils faisaient et cet aspect un peu plus expérimental voire même électro acoustique. Il y a une chanson bien triste et bien glauque «Climbing up the Walls »  de Radiohead sur l’album Computer qui est magnifique. Une qui est imparable c’est « Imagine » de John Lennon, qui est d’ailleurs d’actualité et qui ressort régulièrement. Je suis un grand fan de Lennon. J’aime aussi beaucoup une chanson peu connue de Jean-Louis Aubert qui s’appelle «Veille sur moi», c’est une chanson qu’il avait écrite pour une compilation Emmaüs, mais qui n’est pas sortie sur ses albums. J’aime beaucoup la version réalisée par Renaud Letang. Et une dernière ce serait « la vie ne vaut rien » de Alain Souchon.

Donnes-tu des cours particuliers de micro-onde ?

Rires. Mes parents étaient et sont d’ailleurs toujours de gros fêtards et c’était lors d’une soirée chez mes parents quand j’étais jeune avec des amis à eux qui sont d’ailleurs tous musiciens. J’étais dans la cuisine avec mon père et des amis à lui et on commence à s’amuser avec ce qu’il y avait autour de nous. Mon père était à la guitare, j’étais au lave-vaisselle avec le micro-onde par-dessus et son bruit inimitable « ding » et Gilbert, un ami de mon père, était devant une armoire en métal et on a fait une impro assez incroyable. J’ai grandi dans cette ambiance où on peut faire de la musique avec n’importe quoi, avec cette liberté qui découle complètement des années 68. J’aime bien cette folie.

Une de tes chansons s’appelle « ce que j’ai laissé derrière moi ».  Qu’est-ce que tu as laissé derrière toi et que tu aimerais récupérer ?

L’innocence. C’est marrant d’ailleurs car pendant toute notre enfance on veut être un adulte, mais une fois adulte, on veut être des enfants. Je le vois bien dans les yeux de mon fils. L’émerveillement c’est quelque chose qu’on a complètement oublié. C’est une sensation tellement belle et fraîche.

Ta grand-mère a-t-elle aimé cet album ?

Malheureusement il ne m’en reste qu’une et elle ne parle pas français car elle est sicilienne, mais elle est toujours très fière de tout ce que je fais. Par contre je ne sais pas si mon grand-père pour lequel j’ai fait une chanson mais qui est décédé depuis aimerait cet album. En tout cas, les gens qui me connaissent bien me disent que c’est un album qui me correspond. J’ai réussi le pari, qu’il marche ou pas, qu’il plaise ou pas, je suis arrivé là où je voulais.

Quelle est ton actualité à venir?

J’ai des premières parties à venir comme Francis Cabrel, Les Fréro Delavega, La Grande Sophie. Pour la 1ère partie des Fréro Delavega à Lyon, je serai devant 10000 personnes tout seul avec ma guitare, je stresse un petit peu (rires). Sinon, on vient de sortir un nouveau single avec un clip qui nous tient à cœur car c’est un clip participatif. Et je suis en concert le 18 mai aux trois Baudets à Paris.

Merci beaucoup Laurent et on te retrouve donc le 18 mai aux Trois Baudets pour découvrir ton album en live. 

Merci à Mamusicale

Retrouvez toute son actualité sur laurentlamarca.com 

 

Interview réalisée par Isabelle Grand-Dufay

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